Punaises de lit : qui paie, le locataire ou le propriétaire ?

Mis à jour le 5 octobre 2026 · Lecture 5 min

En location, le bailleur doit remettre un logement exempt de toute infestation de nuisibles et en paie en principe la détection et la désinfestation, sauf s'il prouve que le locataire est responsable.

L'essentiel

  • Article 6 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par l'article 142 de la loi ELAN du 23 novembre 2018 : le logement doit être « exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites ».
  • Le bailleur supporte la détection et la désinfestation. Il s'en dégage seulement s'il prouve que l'infestation vient d'un manque d'entretien du locataire (article 7 de la même loi).
  • Sans accord ou sans réponse du bailleur sous 2 mois, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation (article 20-1), sans que ce soit un préalable obligatoire à la saisine du juge.
  • En copropriété, les parties communes relèvent du syndicat des copropriétaires, les parties privatives de chaque propriétaire.

Cet article traite des locations à usage d'habitation en France. Il s'agit d'une information générale : votre bail, votre règlement de copropriété et l'appréciation du juge priment sur toute synthèse.

Qui paie les punaises de lit en location ?

Le bailleur paie en principe la détection et la désinfestation. L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par l'article 142 de la loi ELAN du 23 novembre 2018, l'oblige à remettre au locataire un logement décent, « exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites ». Les caractéristiques de la décence sont précisées par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002.

Cette obligation n'existe pas seulement à la remise des clés. Elle court pendant toute la durée du bail, car le bailleur doit aussi entretenir le logement en état de servir à l'usage prévu et réaliser les réparations autres que locatives (articles 1719 et 1720 du code civil).

Le propriétaire peut-il refuser de payer ?

Il peut refuser s'il prouve que l'infestation est due à un manque d'entretien du locataire. Le ministère du logement l'a rappelé dans une réponse au Sénat : en cours de bail, le locataire est tenu à l'entretien courant et aux réparations locatives (article 7 de la loi de 1989).

La preuve incombe au bailleur, et elle est difficile à apporter. Les autorités sanitaires rappellent que les punaises ne sont pas liées à la saleté : le site officiel stop-punaises.gouv.fr écrit qu'elles ne sont synonymes ni de saleté ni de mauvais entretien, et selon l'enquête de l'ANSES un faible niveau de revenu ne serait pas lié à un risque supérieur d'infestation. Le bailleur devra donc démontrer un manquement précis du locataire, par exemple l'introduction de meubles ou de literie d'occasion infestés, ce qui est rarement simple.

Votre situation Qui paie la désinfestation ? Réserve
Locataire (résidence principale, vide ou meublée) Le bailleur Sauf preuve d'un défaut d'entretien du locataire
Bailleur Le bailleur Il ne peut se retourner contre le locataire que s'il prouve sa responsabilité
Propriétaire occupant, maison Le propriétaire Aucun tiers en cause
Copropriété, parties communes Le syndicat des copropriétaires Frais répartis entre les copropriétaires
Copropriété, parties privatives Le propriétaire du lot Le bailleur si le lot est loué

Locataire : que faire pas à pas ?

Voici la marche à suivre, dans l'ordre :

  1. Confirmez l'infestation. Photographiez les insectes, les points noirs et les piqûres. Notre diagnostic gratuit vous aide à évaluer la probabilité avant d'écrire.
  2. Prévenez le bailleur ou l'agence par écrit, de préférence en recommandé avec accusé de réception, en joignant les photographies datées. Le site officiel recommande de l'informer dès les premiers signes et de lui suggérer de passer par une entreprise qualifiée.
  3. Appliquez les premiers gestes sans insecticide : lavage du linge à plus de 60 °C, sèche-linge d'au moins 30 minutes, aspiration. Voir le traitement soi-même.
  4. Gardez toutes les preuves : états des lieux, courriers, réponses, factures. Elles serviront en cas de litige.
  5. Appelez l'ADIL au 0 806 706 806 (appel non surtaxé) pour un conseil gratuit sur vos démarches.

Que faire si le bailleur ne répond pas ?

Vous avez trois leviers, qui peuvent se combiner.

La commission départementale de conciliation. Selon l'article 20-1 de la loi de 1989, le locataire peut demander la mise en conformité du logement sans que la validité du bail soit remise en cause. À défaut d'accord ou de réponse dans un délai de deux mois, la commission peut être saisie et rendre un avis. Cette saisine n'est pas un préalable obligatoire à celle du juge.

Le juge. Le juge des contentieux de la protection, au tribunal judiciaire, peut déterminer la nature des travaux et leur délai. L'article 20-1 lui permet aussi de réduire le loyer ou d'en suspendre le paiement jusqu'à l'exécution des travaux. L'ANIL précise que la CAF peut conserver l'allocation de logement en cas de constat de non-décence.

L'avance des frais. Le site stop-punaises.gouv.fr indique que le locataire peut solliciter lui-même une entreprise et se retourner ensuite contre son propriétaire pour se faire rembourser, en le notifiant. Cette voie n'est pas sans risque : sans accord écrit, le bailleur peut contester le choix de l'entreprise ou le montant. Gardez les factures et demandez l'accord du bailleur par écrit chaque fois que c'est possible.

Que se passe-t-il en copropriété ?

En copropriété, la répartition dépend de l'endroit où se trouvent les punaises. Selon l'Institut national de la consommation, le coût de destruction des insectes dans les parties communes revient au syndicat des copropriétaires et se répartit entre les copropriétaires, tandis qu'un immeuble en monopropriété relève de son unique bailleur.

Le syndic est chargé d'administrer l'immeuble et de pourvoir à sa conservation et à son entretien (article 18 de la loi du 10 juillet 1965). Quand les punaises circulent par les gaines, les paliers ou les caves, il est donc concerné. Dans la pratique :

  • Le locataire écrit au bailleur et au syndic pour qu'aucun ne renvoie la responsabilité à l'autre.
  • Le bailleur reste tenu envers son locataire, même si l'origine est collective.
  • L'ANSES observe que les stratégies de lutte intégrée dépendent de la coopération de tous les acteurs : propriétaires, gestionnaires et occupants. Un traitement simultané des logements touchés est le plus efficace.

Et pour un logement meublé ou saisonnier ?

L'obligation de logement décent vise l'habitation principale. L'article 1719 du code civil la prévoit expressément « s'il s'agit de son habitation principale », ce qui inclut les meublés loués comme résidence principale. Pour une location touristique, d'autres règles s'appliquent : voir les droits en cas de punaises à l'hôtel ou en location saisonnière.

Ce qui reste incertain

La loi ne fixe ni délai d'intervention, ni barème de prise en charge du mobilier. La preuve de l'origine de l'infestation est appréciée au cas par cas par les tribunaux, sans règle automatique. Nous n'avons pas relevé de modification de ce régime au 5 octobre 2026, mais les textes évoluent : vérifiez-les auprès de votre ADIL.

Si vous avez besoin d'un professionnel pour traiter votre logement ou établir un devis à présenter à votre bailleur, notre service gratuit transmet votre demande à un professionnel de votre secteur. Pour connaître le budget à prévoir, consultez les prix d'un traitement.

Questions fréquentes

Le locataire peut-il retenir son loyer à cause des punaises de lit ?
Il est déconseillé de le faire de sa propre initiative. Le site stop-punaises.gouv.fr évoque une déduction du loyer, mais une retenue sans accord écrit expose à un impayé. Le juge peut, lui, réduire ou suspendre le loyer jusqu'à la réalisation des travaux (article 20-1). Demandez d'abord conseil à votre ADIL, au 0 806 706 806.
Que faire si les punaises viennent de l'appartement voisin ?
Le bailleur reste tenu de vous fournir un logement exempt d'infestation, quelle que soit l'origine. En copropriété, il peut se retourner vers le syndic si l'infestation vient des parties communes. Écrivez au bailleur et au syndic, et proposez un traitement coordonné des logements touchés.
Qui paie le remplacement de mon matelas ou de mes meubles ?
Les textes visent la détection et la désinfestation, pas le remplacement de vos meubles. Vous pouvez en demander le remboursement au bailleur et, à défaut d'accord, au juge, avec des preuves (factures, photographies, constat). Le résultat dépend de l'appréciation du juge et n'est pas garanti.
Je suis propriétaire occupant : puis-je me faire rembourser ?
En principe non, puisqu'aucun bailleur n'est en cause : le coût de votre logement est à votre charge. Si vous êtes en copropriété et que les punaises viennent des parties communes, le syndicat des copropriétaires peut être concerné. La CAF peut, dans certains cas, aider les allocataires.
Combien de temps a mon bailleur pour agir ?
Aucun délai d'intervention n'est fixé par la loi pour les punaises. Le site officiel recommande d'agir au plus vite. Le seul délai chiffré est celui de deux mois : sans accord ni réponse dans ce délai, la commission départementale de conciliation peut être saisie.

Sources officielles

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